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 A shot in the dark ♦ Fei

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libre

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INSCRIT DEPUIS LE : 05/08/2014
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MessageSujet: A shot in the dark ♦ Fei   Mer 14 Mar - 22:26

Je te propose de situer ça il y a quatre ans environ, si ça te va ?



   
   A shot in the dark
   Fei & Damian

M
on dos trouve durement appuie contre le mur de l'immeuble alors que je tourne à l'angle d'une ruelle sombre et désertée. La pierre des briques est froide et humide contre mes omoplates. Le contraste avec mon corps brûlant est saisissant. Je tends l'oreille un instant ; Ceux qui me poursuivent sont suffisamment loin pour que je me permette quelques secondes de répit. Mon souffle saccadé peine à retrouver un semblant de calme. Non pas que je manque d'endurance physique. La réalité est toute autre …

Avec précaution, je glisse une main sur mon épaule, puis le long de mon bras gauche. Je m'arrête lorsque le tissu devient poisseux sous mes doigts. Je tâte le vêtement, trouve le trou, et serre les dents en découvrant à l'aveugle les dégâts de mon biceps. La balle qui est entrée là-dedans y est restée logée.

- Foutus flics de merde, juré-je en laissant ma tête retomber contre le mur.

Je presse la plaie avec ma paume. Il faut que je me sauve de ce sale pas. Malheureusement rien ne va comme prévu ce soir. Jamais ce gardien n'aurait dû me surprendre en plein cambriolage. Il est arrivé quatre minutes trop tôt. Cet imbécile a foutu tous mes calculs en l'air. Bien évidemment la police n'a pas tardé à rappliquer. Je n'ai pas pu me volatiliser en empruntant le chemin prévu. Pas de véhicule, pas de planque. Juste les rues de Manchester Ouest pour me cacher et gagner du temps. Mais est-ce que ce petit jeu va pouvoir se poursuivre encore longtemps ? Ma blessure me lance. Ça fait atrocement mal. Ça me gêne pour courir, et clairement, ça me ralentit.

Je soupire puis prends un léger élan pour me défaire du soutien du bâtiment. À pas silencieux je m'enfonce dans les ténèbres de la ruelle. Les forces de l'ordre seront bientôt là. Je ne peux pas me permettre de rester coincé entre deux poubelles en attendant que la nuit passe. Et il faut pourtant me rendre à l'évidence ; Je ne parviendrai pas à rejoindre mon repère cette nuit. Ils me traquent, et me traqueront, sans relâche, jusqu'à lever du soleil.

La ruelle s'ouvre sur une avenue plus entretenue. Aussitôt l'ambiance particulière de China Town tente de me happer. Il a beau être trois heures du matin, le quartier – même plus ou moins déserté – garde un attrait particulier. Les guirlandes chinoises et autres fioritures en tout genre garnissent l'allée presque jusqu'à l'étouffer. Même de nuit, l'ambiance m'apparaît légère et apaisée. Je peine à trouver tout cela un tant soi peu joli, alors que je traverse rapidement la route avec un bras qui hurle le martyr. À l'inverse ces dragons en papier-mâché me mettraient presque terriblement mal à l'aise. Qu'est-ce qui m'arrive ? Ai-je de la fièvre ? Bon sang il me faut trouver un refuge, et vite.


Ma poigne valide ouvre la porte d'un commerce au hasard. Je pénètre à l'intérieur et, entraîné par mon élan, je manque presque de m'étaler sur le tapis. L'intérieur de l'hôtel me rassure aussitôt. Ce n'est plus aussi coloré. Plus aussi agressif. C'est vide. Il n'y a personne, pas le moindre client. C'est une chance inouïe.

Grimaçant, je m'approche du comptoir. Je tente de lancer un regard vers ma plaie, mais mes habits m'empêchent de visualiser vraiment les dégâts. Il va me falloir une chambre, de l'alcool, beaucoup d'alcool, et de quoi enlever cette saloperie de balle de mon foutu bras. Quelle nuit de merde.

Un frisson me parcourt. Mon corps est en train de me lâcher. La course-poursuite de tout à l'heure m'a usé. Je commence à avoir chaud, bien trop chaud. Je défais mon sac à dos et me démène pour ouvrir la fermeture éclair. Ce faisant, j'appuie sur la sonnette du comptoir pour signaler ma présence. Du mouvement ne tarde pas à se faire entendre. Une silhouette apparaît à l'instant où je dépose abruptement une poignée de billets tachetés de sang sur le plan de travail. Je relève la tête et croise le regard noir sans fond de la propriétaire des lieux.

- Une chambre. S'il vous plaît. J'ai de quoi payer, pour ça, et pour tous les dégâts, débité-je d'une traite, presque à bout de souffle.

Je ne quitte pas ses yeux de jais. Pour n'importe quel prix, il faut qu'elle me donne cette chambre. Il le faut, ou je suis foutu.
 
WILDBIRD
 

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MessageSujet: Re: A shot in the dark ♦ Fei   Dim 18 Mar - 1:59



   
   A shot in the dark
   Fei & Damian

M
es lèvres s'étirent dans ce sourire si commercial que je sais offrir à mes clients. Tant d'années d'expérience m'ont appris à le rendre plus authentique. Assez larges pour être chaleureux et assez mesurés pour ne point effrayer les êtres peu récéptifs aux expressions faciales. Des rusés? Ne surestimez pas ceux et celles qui ignorent ce qu'est un état d'âme. Leurs airs blasés n'expriment l'intelligence qu'à leurs propres yeux. Apprécier l'univers n'est guère pour cette élite qui, elle, comprend chaque enjeux qu'un simple grain de sable, soulever par le vent, entraîne. Poète? Je ne fais que répéter des mots. Les paroles de cet être qui me fait face derrière le lourd comptoir en chêne. Ma tête dodeline de temps à autre comme pour acquiescer à ses dires qui font pétiller mon regard d'amusement. Je ne l'aime aucunement, cet usagé trop régulier. Comme cette nuit où l'insomnie semble l'obliger à venir discuter avec cette asiatique ignare que je semble être. Je l'écoute m'expliquer encore et encore des faits politiques que mon accent et mes yeux bridés m'empêcheraient apparemment de comprendre. Et les informations, censurées dans mon pays natale, m'obligent donc à vivre dans l'ignorance. Quel infortunée je dois être aux yeux de cet homme dont le regard sévère va de paire avec le ton autoritaire et supérieur qu'il arbore. Lui signaler que je n'apprécie guère sa condescendance? Vous n'êtes pas marchands, n'est-ce pas? Cela se voit. Il faut savoir taire sa fierté face à un client aussi important. Les affaires ne marchent réellement que depuis un an et je ne peux perdre un usager qui sait offrir de si généreux pourboire. Sûrement par pitié envers une femme seule mais tout argent est bon s'il est obtenu sans trop en faire. Ce ne sont après tout que des mots. Des grotesques, ridicules, pitoyables et insensées paroles qui ne m'ont aucunement souffrir.

Ce n'est point moi qui pourrait refaire son éducation et le rendre humble. Ses doigts ne se sont pas posés sur moi et aucunes réelles insultes n'ont passés ses lèvres, alors je peux laisser faire sans avoir l'impression de me vendre. Je suis capable d'écouter même ceux qui ne savent pas le faire. Oui, je pourrais parler et tenter d'engager une vraie discussion mais Monsieur Lawrence, puisque cet ainsi qu'il se nomme, ne m'entendre pas. Il aime simplement avoir un semblant d'audience et s'écouter parler. Ce n'est pas le seul, presque tous sont ainsi à Londres. Ou à Beijing et je doute qu'une seule nation possède une population prête à s’intéresser avec sincérité à autrui. Si j'en suis capable? Sûrement...peut-être...je ne me pose jamais ce genre de question. Pourquoi s'en ennuyer? Et en parlant d'ennuie, voilà que le client me laisse enfin seule. Je lui souhaite une excellente nuit après avoir prit en note ses directives pour son petit-déjeuner de demain matin. Les mêmes, comme toujours...Et je plie soigneusement afin de le jeter quand le carillon de la porte d'entrée tinte. Une erreur de ma part, je ferme toujours la nuit.

Mon sourire, prêt à accueillir un nouveau client, s'efface quand je remarque l'arrivant. Et mon sourcil se hausse. Me voilà surprise...En peu de temps, j'ai pu voir dans cet établissement des êtres des plus fades aux plus colorés. Mais jamais aucun n'était rouge sang. Je pose ma main sur la poignée du tiroir qui contient mon pistolet. Bien sûr que je ne sais pas m'en servir! Ai-je l'air d'une tireuse d'élite? Mais sa présence me rassure et mon esprit analyse la situation avec rapidité tandis que le blessé vient jusqu'au comptoir, tâchant mon sol et mon tapis. Penses-t'il donc que, comme à l'époque du farwest, chaque asiatique est né avec un gêne lui permettant de devenir le plus fabuleux des lingers? Avertir la police? Je ne suis point assez stupide pour prévenir un être potentiellement dangereux de mes plans. Seuls les imbéciles des séries télévisés aiment se vendre pour mieux se faire abattre. J'attrape plutôt une clé derrière moi avant de faire le tour du comptoir et faire signe au presque mort de me rejoindre devant la vieille cage d'escalier ferreuse de l’ascenseur. Je le logerais au premier étage, ce sera plus pratique pour les pompiers ou la police de venir chercher le corps s'il ne survit pas.

"Je vais vous loger au premier étage. Nous n'aurons pas à attendre trop longtemps l’ascenseur et vous pourrez vous reposer d'ici peu."

Et je lui fais signe de rentrer dans la cabine qui vient d'arriver. La montée est rapide, si l'extérieur semble vétuste et modelé sur les premières machines, l'appareil est plus récent. Toutefois, j'espère qu'il tiendra la route, je n'ai point envie de passer la nuit avec un cadavre. Cela ternira mon image. Incident qui n'arrive pas. Prise par un réflexe dont j'ignore s'il vient d'une envie d'aider ou d'aller plus vite, je passe le bras du trépassé sur mon épaule et le soutenir jusqu'à ce que j'ai ouvert la porte et pu le poser sur le lit.
 
WILDBIRD

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MessageSujet: Re: A shot in the dark ♦ Fei   Lun 9 Avr - 20:40



   
   A shot in the dark
   Fei & Damian

L
a propriétaire ne pose pas de questions. Ses yeux étudient et tirent des conclusions silencieuses. Je l'ai vu, elle ne peut pas le nier – et après tout qui passerait à côté de l'état d'un homme touché au bras par balle ? – son regard impénétrable s'est attardé un peu trop longtemps sur mon corps fiévreux.

Mais elle accepte. Sans plus attendre, l'asiatique attrape un trousseau de clés et ouvre le chemin. L'hésitation qui semblait la retenir quelques fragiles instants auparavant s'est totalement dissipé. Elle paraît sûre d'elle. Pire ; elle donne l'impression de savoir exactement ce qu'elle est en train de faire. Un bref soupir où se mêle tant douleur que soulagement s'échappe de mes lèvres. Les questions qui m'assaillent me donnent la tournis. Pourtant le plus important est là : j'ai trouvé un endroit où me terrer, le temps de recouvrer suffisamment de force et de lucidité pour me sortir de ce mauvais pas. Qu'importe si cette femme a l'habitude de recevoir des types matraqués dans l'exercice de son commerce. Qu'en sais-je, peut-être fait-elle partie d'une mafia chinoise. Peut-être va-t-elle s'empresser d'appeler ses camarades tatoués jusqu'à la rétine de l'oeil pour qu'ils viennent m'asséner le coup de grâce. Ça n'a pas vraiment d'importance. Tant que je gagne du temps.

Une fois dans l'ascenseur, je m'appuie de tout mon poids contre mon épaule valide. La fièvre gagne du terrain. Mon corps tressaille. Je sens mon épiderme entier se dresser et se tendre face aux frissons qui me traversent. Quelle merde. Me voilà faible, complètement anéanti, par un foutu bout de métal. Mes dents se serrent. Je m'apprête à lui demander si la chambre est encore loin lorsque l'ascenseur s'immobilise enfin. Je vois en double les portes s'ouvrir devant moi. Mon ventre se noue.

Soudain, le bras salutaire de ma sauveuse vient m'apporter son soutien. Il serait trop idiot de protester. Je la laisse me guider jusqu'à la porte qu'elle désire, m'étonnant presque de voir une silhouette aussi fine et délicate supporter mon poids presque mort. Mon inconnue aurait très bien pu m'emmener dans les caves de son hôtel, me balancer là et me laisser sombrer dans l'inconscience. Elle aurait pu fermer la porte à double tours et remonter pour alerter les autorités. Je ne m'en serais même pas rendu compte.

Pourtant c'est une chambre au design accueillant qui apparaît derrière la serrure qu'elle vient d'ouvrir. Je n'arrive pas à apprécier l'environnement. Ma masse s'affale juste contre le matelas. Ma blessure proteste et hurle de douleur. J'étouffe un grondement endolori. Sans perdre plus de temps, je me débrouille tant bien que mal pour me défaire de mon sac à dos. Le bagage est balancé par terre dans un coin sans plus de manière. L'argent qu'il contient n'a plus la moindre importance. Mes doigts ripent contre mon pull. Je bataille pour m'en débarrasser sans trop charrier la plaie ; c'est presque peine perdue. Ma vision se trouble à nouveau lorsqu'un nouvel élan lancinant m'électrocute tout entier.

C'est à demi haletant, et couvert de sueur, que je m'appuie enfin contre la tête de lit. Je fais peine à voir, ça, j'en ai pleinement conscience. Je prends malgré tout le temps d'examiner le trou poisseux de sang qui apparaît sinistrement sur mon bras. Mes idées peinent malheureusement à se remettre en place. Il me faut de longues secondes pour me remémorer ce qu'il faut pour soigner temporairement une telle blessure. Ma tête part en arrière contre le mur. Mes paupières se ferment un instant, avant de s'ouvrir à nouveau sur la présence de l'asiatique.

- N'appelez-pas la police, articulé-je d'une voix rocailleuse. Vous auriez plus à y perdre qu'à y gagner.

Mes yeux se détournent un instant pour traîner en direction de mon sac à dos. Il y a largement assez là-dedans pour payer le service de cette nuit, réparer les dégâts causés par le sang, et faire disparaître la moindre trace de mon passage ici. En réalité, il y aurait probablement assez pour refaire en plus la décoration de l'ensemble des chambres. Mon attention retombe sur la chinoise. Si elle me vend, elle n'aura pas d'autre choix que de rendre l'argent.

- Et de toute façon je ne suis pas vraiment en état de vous faire du mal, ajouté-je dans un éclat de rire amer, qui eut tôt fait de m'arracher une vilaine grimace.

Je m'agite brièvement pour trouver une position plus confortable. Mais la manœuvre reste vaine. Encore une chance, la balle ne s'est pas incrustée trop loin dans les chairs. Et l'os a été épargné. J'aurai besoin d'un médecin en urgence demain. Mais en attendant, il va falloir innover.

- Il faut … Il faut que je me soigne, soufflé-je. Est-ce que vous auriez une bassine, une pince ou … quelque chose, n'importe quoi qui me permettrat d'enlever cette saloperie que j'ai là … ? Il faudrait du sucre, et de la glace aussi. Ça aide à coaguler le sang …

Ma langue s'emmêle. Je fronce les sourcils et passe une main sur mon visage. Hélas je ne parviens pas à remettre de l'ordre dans ma tête.

- Est-est ce que vous auriez quelque chose contre la fièvre ? Bredouillé-je alors, complètement hagard. 
 
WILDBIRD
 

Spoiler:
 

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